En 2010, Eric Gilbertson monte au sommet du Denali, le point culminant des États-Unis. À l'époque, il n'a pas de grand plan en tête, juste l'envie de grimper. Mais une fois là-haut, l'idée s'installe : si l'on peut se tenir au point le plus haut de son propre pays, pourquoi ne pas essayer dans les autres ?

Pendant seize ans, ce professeur en génie mécanique pose des congés dès qu'il le peut, épluche les cartes et chasse les billets d'avion pas chers. Un sommet en entraîne dix, puis trente, à travers l'Amérique du Nord, les Caraïbes, l'Amérique centrale et la chaîne des Andes. Il finira par devenir la première personne à atteindre le point le plus élevé de chacun des pays du continent américain.

La difficulté tient autant aux conditions physiques qu'aux détails pratiques : passer plusieurs jours à la machette dans la jungle du Suriname sans carte précise exige une gestion matérielle très différente d'une traversée glaciaire au Mount Logan.

En 2015, Eric et son frère jumeau Matthew bouclent tous les points culminants d'Amérique du Nord. La suite s'avère plus complexe en Amérique du Sud, pas seulement à cause de l'altitude, mais pour une question de diplomatie. Le Pico Bolívar, plus haut sommet du Venezuela, reste longtemps inaccessible aux citoyens américains. Et comme le point culminant du Guyana se situe sur la frontière et s'aborde par le versant vénézuélien, deux pays se retrouvent bloqués d'un coup. Bloqué à 32 sommets sur 35, Gilbertson doit attendre près de dix ans.

En 2026, lorsque le Venezuela se remet à délivrer des visas touristiques aux Américains, il saute sur l'occasion. Il enchaîne le Pico Bolívar et le point le plus haut du Guyana dans la foulée, réglant enfin l'obstacle politique qui fermait la liste.

Sa démarche tient aussi à sa formation rigoureuse. Quand un doute existe sur la réalité du point culminant — comme en Jamaïque, en Colombie ou au Guyana —, il emporte du matériel GPS professionnel pour effectuer ses propres relevés sur le terrain. Ses mesures ont parfois permis de préciser ou de corriger les altitudes retenues par les cartographes.

Le dernier obstacle de son projet restait le Huascarán Sur, au Pérou, à 6 754,9 mètres d'altitude — une montagne colossale, rendue instable par le recul des glaciers et les chutes de séracs. Le 27 juillet 2026, au terme d'une ascension nocturne calée sur une fenêtre météo favorable, il atteint la cime. Il n'y a pas d'équipe de tournage au camp de base ni de mise en scène, seulement la fin d'un voyage de dix-sept ans.

Il poursuit désormais le même travail de mesure et d'ascension sur les autres continents, en publiant ses relevés GPS et ses comptes rendus directement sur son site web.